Sujet tabou

Sur le plan émotionnel, certains articles sont particulièrement difficiles à écrire et une fois rédigés, je ne les poste pas forcément. Peut être faut il que je passe par ce billet pour  me libérer et être capable d’aller plus loin, – de tenir mon engagement auprès des « teens » ; parler de leur vie.
Que ce soit indirectement ou directement, je suis impliquée. Je n’écris pas sur ce qui est diffusé à la tv où ce que je lis dans la presse, mais sur ce que je vis, à travers et avec mon fils, ses amis, les rencontres, le bénévolat… J’ai moi aussi grandi, – aux côtés de mon fils -, et j’ai fait le choix de « voir » et non pas de fermer les yeux sur ce qui me dérange.
Eliott et moi avons partagé de sacrés bons moments, bien qu’aujourd’hui, il se décrive comme un des ados les plus malheureux du monde. Certes il ne va pas bien ; mais j’aimerais qu’il réalise qu’il n’a jamais manqué d’amour maternel ainsi que de celui du reste de la famille. Je suis consciente que cela ne remplace pas un père, digne de ce nom. Je connais des pères qui, bien que divorcés, restent présents dans la vie de leur(s) enfant(s) et ce parfois, malgré la distance. Je suis consciente que mon fils souffre et suis terriblement malheureuse parce que je n’arrive pas à l’aider ; tout ce que j’ai mis en place a échoué. Paradoxalement, je suis capable de soutenir des gosses dont quelques uns ont un background bien plus lourd que celui d’Eliott.
Je ne sais pas comment décrire cela, comment parler de ce sujet dérangeant. Je peux comprendre la colère d’Eliott mais je ne n’accepte pas la manière dont il l’exprime. Il utilise de mauvais outils pour exprimer sa frustration et sa souffrance. Sa colère le détruit, – la façon dont il la manifeste nous  détruit. Faute de pouvoir stopper sa chute, je n’ai fait qu’essayer de l’amortir et là, se trouve peut être une de mes erreurs.
Eliott a commencé à prendre un mauvais chemin, ce qui est une mauvaise réponse à un profond malaise ; réponse à laquelle, j’ai donné « une autre mauvaise réponse ». Puis il a fugué, – deux jours -, puis une semaine, après avoir rencontré une « chick », (gonzesse). Bien que nos « cops », ayant réussi à rentrer en contact avec lui, nous tenaient régulièrement informés, ça a été la pire semaine de ma vie, peut être pas la sienne ! Je crois que les parents n’étant pas passés par là, ainsi que beaucoup de mes relations ne peuvent  non seulement concevoir ce fait, mais aussi  pourquoi j’ai eu et ai encore tant besoin d’en parler en dehors du cabinet de mon psy, – et de l’écrire. Après tout, c’est un sujet personnel et, – tabou.
Bien que je ne rentre pas dans les détails, certains penseront que c’est un total manque de pudeur d’étaler des moments de vie, surtout lorsqu’ils reflètent un désastre. Je ne suis plus à jugement près, ni à une note d’indifférence. Les problèmes se sont installés de façon insidieuse. De la simple crise d’adolescence, nous avons été aspirés dans une spirale sans fin. Durant mon adolescence, je pouvais parler à la meilleure amie de ma mère, qui pourtant n’avait pas d’enfant. Elle m’écoutait, me donnait son opinion, parlait à mes parents. Elle a vraiment aidé à désamorcer des crises. Mon fils n’a pas eu cette aide. D’une part, parce qu’ici à Londres, je  n’avais pas de vrais amis, et que pour ceux de mon mari, ça n’était pas leur problème. Quant au père d’Eliott, nous ne pouvions le contacter que sur son lieu de travail. Il a pendant 4 ans, prétendu ne plus avoir le téléphone, mais s’est trahi tout seul, il y a quelques mois. Jamais il n’a manisfesté l’envie de s’investir dans l’éducation d’Eliott et fait des promesses qu’il n’a jamais tenues. Les rares fois où il téléphonait, – de son lieu de travail – étaient durant les heures de cours, donc quand Eliott était absent, et il ne parlait que de lui, cherchant à m’attendrir sur ses problèmes existentiels ou se vantait de choses ne me concernant pas et encore moi son fils. Dès que j’abordais le sujet « Eliott », il revenait aussi rapidement à sa petite vie, ou devait soudainement interrompre notre conversation parce qu’un client venait d’arriver… No comment ! Mais tant que je l’écoutais parler de lui, nos conversations étaient des plus cordiales.
Ma famille s’est soudée derrière Eliott. Moi, je me sens seule, chargée de l’entière responsabilité des maux de mon fils, comme si ma propre culpabilité n’était pas suffisamment lourde. Et pourtant, je n’ai jamais caché ne plus être à la hauteur. A l’inverse de ce que quelques personnes disent, je n’ai pas laissé pourrir la situation ; je me suis battue, peut être pas toujours très bien mais je ne suis pas restée sans agir.
Oui tout comme Eliott, j’éprouve de la colère et de la souffrance : tant que je n’aurais pas complètement évacué,  ces sentiments dévastateurs, il me sera difficile de l’aider comme je le devrais et de redevenir une vraie maman. Quand je sens que ça monte, je prends mon appareil photo et pars mitrailler Londres pendant des heures. Et là, je m’apaise. La bonne nouvelle est qu’Eliott a enfin accepté de travailler sur lui-même avec l’aide d’un thérapeute. Et ça, c’est très courageux de sa part.
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2 commentaires pour Sujet tabou

  1. imoto dit :

    Je me garderais bien de te donner le moindre conseil sur ce que tu nous racontes avec beaucoup de courage, mais juste ce que j’ai ressenti en le lisant. D’abord je me dis que ce que tu présentes presque comme un échec n’en est pas un, mais une étape dans la construction de l’homme qu’ Eliot va bientôt devenir. Je suis choquée quand tu utilises le terme « redevenir » une vraie maman, parce que ça crève les yeux: tu n’as jamais cessé de l’être et tu te bas vraiment comme une louve. Ceux qui te jugent n’auraient surement pas fait mieux dans la même situation. Ensuite je pense que ton témoignage, lu par d’autres parents, peut être très utile pour que tout le monde arrête de culpabiliser, ce qui ne sert à rien, et plutôt réfléchir ensemble. Et aussi que des ados pourraient voir leur propre histoire sous un angle nouveau. Je ne sais pas si Eliot lit ton blog, je l’espère, et d’aprés ce que tu m’en a dis c’est quelqu’un d’intelligent, et il y a beaucoup d’amour entre vous. Il se bat avec ses problèmes, toi avec les tiens, comme tout un chacun, il est primordial de conserver le dialogue. ce que tu fais. et c’est bien de continuer à écrire, pour mettre les choses à plat. Voila, ça ne va peut être pas te servir à grand chose, tout ce que je te dis, mais au moins tu sauras qu’il y a des gens qui ne te jugent pas, d’ailleurs qui serais-je pour le faire, moi qui n’ai pas d’enfant, pour des raisons bien complexes également. Moi je crois que tu fais tout ce qu’il faut, au contraire, et je suis sure qu’Eliot le sait bien. Je dois dire que j’admire le courage, la sincérité et l’intelligence avec lequel tu abordes tout ça. Bises et courage, ma Véro !

    • Merci Imoto pour ton message. C’est d’autant plus touchant, que tu n’as pas d’enfant. Mais tu as toi aussi été une ado & tu sais… En te lisant j’ai trouvé le mot « pont » pour définir ce blog, et j’ai remplacé « porte de paroles des teens », par « pont entre adultes et teens », sur la page About. C’est le terme qui convient.
      Merci 🙂 Oui, j’aimerai que parents & ados puissent penser ensemble à « comment avancer et bien grandir ». Il me semble que nous aussi parents, grandissons en même temps que nos gosses, et c’est aussi difficile de bien continuer de grandir quand on a été une ado bancale…

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